L’amaro, c’est le nom italien des liqueurs amères à base de plantes, de racines et d’écorces. Les plus clairs et les plus légers, comme le Campari et l’Aperol, se boivent à l’apéritif. Les plus sombres, comme l’Averna ou le Fernet-Branca, se servent après le repas, en digestif.
Entre les deux, il y a une famille entière d’amers italiens qu’on connaît mal en France, alors qu’on les croise dans les cocktails les plus commandés au bar : Negroni, Americano, Spritz. Ici, tu vas apprendre à les classer, à les boire et surtout à doser leur amertume dans un verre.
Parcourir une section
L’amaro, c’est quoi ?
Le mot veut simplement dire « amer ». Au pluriel, on dit des amari. Selon l’article Wikipédia consacré à l’amaro, on les obtient en faisant macérer des herbes, des racines, des fleurs, des écorces et des zestes d’agrumes dans de l’alcool, puis en ajoutant un sirop de sucre. Certains passent ensuite en fût. Leur degré va en général de 15 % à 40 %.
Le sucre, on l’oublie souvent. Un amaro n’est jamais seulement amer : il est amer et sucré, parfois presque sirupeux. C’est ce double visage qui en fait un si bon ingrédient de cocktail.
Beaucoup de recettes viennent de monastères ou de pharmacies, et de nombreuses marques sont nées au XIXe siècle. Chaque région d’Italie a son amaro : l’Averna en Sicile, le Ramazzotti à Milan, le Montenegro à Bologne, le Lucano en Basilicate.
Dans un bar, l’amaro appartient à la famille des « modificateurs », ces bouteilles qui parfument et équilibrent l’alcool de base. Si tu montes ton bar pas à pas, notre guide sur les bouteilles d’un bar à cocktails te dit quand l’ajouter.
Amaro, bitter, bitters, amaretto : quatre mots à ne pas mélanger
- L’amaro : la grande famille des liqueurs amères italiennes.
- Le bitter (au singulier) : c’est le nom qu’on donne à un amer qui se boit à l’apéritif, comme le Campari. Il se dose en centilitres.
- Les bitters (au pluriel) : des concentrés aromatiques, comme l’Angostura, qu’on verse en gouttes ou en traits. Rien à voir en dosage. On t’explique tout dans notre page sur les bitters et l’Angostura.
- L’amaretto : une liqueur italienne à l’amande. Le nom se ressemble, le goût pas du tout.
Apéritif ou digestif : les deux familles d’amers italiens

En Italie, la frontière est assez nette. Avant le repas, on boit un bitter rouge ou orangé, léger, souvent allongé. Après le repas, on sert un amaro plus sombre et plus concentré, en petit verre. Wikipédia classe les amari en plusieurs styles. Voici les principaux, avec les marques qu’elle cite pour chacun.
| Style | Moment | Profil | Degré indicatif | Exemples |
|---|---|---|---|---|
| Bitter | apéritif | rouge ou orangé, amer et fruité | environ 15 à 25 % | Campari, Aperol, Luxardo Bitter |
| Carciofo | plutôt apéritif | végétal, à base d’artichaut | — | Cynar |
| Light | digestif | plus clair, agrumes nuancés | — | Montenegro, Nonino |
| Medium | digestif | équilibré, notes d’agrumes | environ 30 % | Averna, Ramazzotti, Lucano |
| Alpine | digestif | herbes de montagne, parfois fumé | environ 20 % | Braulio |
| Fernet | digestif | le plus amer, peu sucré | 39 à 45 % | Fernet-Branca |
| China, Rabarbaro | digestif, parfois chaud | quinquina ou rhubarbe | — | China Martini, Zucca |
Les bitters rouges de l’apéritif
Le Campari et l’Aperol sont les deux plus connus en France. Ils ont la couleur vive, l’amertume d’agrume et le degré modéré qu’on attend d’un apéritif. Ils se boivent rarement purs : on les allonge d’eau gazeuse, de vin pétillant ou de jus. La famille compte d’autres bouteilles, comme le Select, que l’IBA (l’association internationale des barmen) cite comme variante possible dans le Spritz.
Les amari du digestif
Ici, la couleur fonce, le sucre et l’amertume montent. Le Montenegro et le Nonino sont rangés parmi les styles « light », les plus doux. L’Averna et le Ramazzotti sont des « medium ». Et le Fernet-Branca tient le bout de l’échelle : plus amer que les autres, plus fort aussi.
Un cas à part : le Cynar, à l’artichaut. C’est un amaro, mais il se boit plutôt à l’apéritif, et l’IBA le cite lui aussi dans les variantes du Spritz.
Campari ou Aperol : quelle différence ?
Ce sont les deux amers italiens qu’on confond le plus, et pourtant ils ne se remplacent pas l’un l’autre. Ils appartiennent aujourd’hui au même groupe, mais leur recette et leur usage diffèrent.
| Campari | Aperol | |
|---|---|---|
| Création | 1860, par Gaspare Campari | 1919, à Padoue, par les frères Barbieri |
| Couleur | rouge vif | orange |
| Arômes | écorce d’orange et herbes aromatiques | oranges amères et douces, rhubarbe, gentiane |
| Amertume | franche, nette en finale | légère, plus sucrée |
| Degré | plus élevé que l’Aperol | 12,5 % en France |
| Classiques | Negroni, Americano, Boulevardier, Garibaldi | Spritz, Paper Plane |
En pratique ? Le Campari sert à tenir un cocktail : il apporte assez d’amertume pour équilibrer un vermouth sucré ou un whisky rond. L’Aperol sert plutôt à parfumer : il donne la couleur et le goût d’orange amère sans écraser le reste.
Si tu remplaces l’un par l’autre à dose égale, tu changes de cocktail. Un Negroni à l’Aperol devient doux et orangé, un Spritz au Campari devient nettement plus amer (c’est d’ailleurs une version que l’IBA mentionne).
Pour aller plus loin avec chaque bouteille, va voir nos cocktails au Campari et nos recettes à l’Aperol.
Comment boire un amaro

On l’a dit, un amaro n’est pas qu’une histoire d’amertume. Brad Thomas Parsons, auteur d’un livre de référence sur le sujet, Amaro, le résume d’une formule dans une interview à la radio publique américaine NPR : « it’s actually bittersweet ». En clair, c’est amer-sucré. Et ça change la façon de le servir.
En digestif, nature. C’est l’usage italien : un petit verre en fin de repas, à température ambiante ou sur un glaçon. Le magazine PUNCH ajoute le service sur glace avec un peu d’eau gazeuse et une tranche d’orange, qui adoucit les styles les plus amers.
Avec un café. Le fernet se sert aussi à côté d’un espresso, selon Wikipédia.
Allongé. En Argentine, le fernet se boit surtout mélangé à un soda au cola. Ce n’est pas une tradition italienne, mais c’est la preuve qu’un amaro très amer supporte bien un mélange sucré et pétillant.
En bitter d’apéritif. Le Campari se boit avec de l’eau gazeuse ou un jus d’orange : c’est le principe du Garibaldi, plus bas. Notre cocktail Pastèque Campari suit la même logique, avec 3 cl de Campari, de la pastèque mixée, du citron vert et 6 cl d’eau gazeuse.
Astuce : pour découvrir un amaro, goûte-le d’abord seul, à température ambiante, puis avec un glaçon. Le froid calme l’amertume et le sucre : tu sauras tout de suite dans quel sens il penche.
Les cocktails classiques aux amers italiens

Les amers italiens sont au cœur de plusieurs classiques de l’IBA. Voici leurs doses officielles, converties en centilitres.
| Cocktail | Base | Amer | Le reste | Méthode | Verre |
|---|---|---|---|---|---|
| Negroni | 3 cl de gin | 3 cl de Campari | 3 cl de vermouth rouge | construit sur glace, remué | old fashioned |
| Americano | — | 3 cl de Campari | 3 cl de vermouth rouge, un trait d’eau gazeuse | construit sur glace | old fashioned |
| Boulevardier | 4,5 cl de bourbon ou de rye | 3 cl de Campari | 3 cl de vermouth rouge | remué au verre à mélange | verre à cocktail refroidi |
| Spritz | 9 cl de prosecco | 6 cl d’Aperol | un trait d’eau gazeuse | construit sur glace | verre à vin |
| Garibaldi | — | 4,5 cl de Campari | 12 cl de jus d’orange pressé | construit sur glace | highball |
| Paper Plane | 3 cl de bourbon | 3 cl d’Aperol et 3 cl d’Amaro Nonino | 3 cl de jus de citron | shaker | verre à cocktail refroidi |
La famille du Negroni
Le Negroni est la règle des trois tiers : gin, Campari, vermouth rouge. Retire le gin et ajoute de l’eau gazeuse, tu obtiens l’Americano, plus léger. Remplace le gin par du whisky, avec une dose plus généreuse, et c’est le Boulevardier, plus rond. Le trio de base ne bouge pas, seul l’alcool fort change. Pour bien choisir la troisième bouteille, lis notre guide du vermouth rouge.
Le site n’a pas encore de fiche Negroni classique. En attendant, notre Smoked Rosemary Negroni Sour garde 3 cl de gin et 3 cl de Campari, mais réduit le vermouth à 1,5 cl et ajoute du citron, un sirop de romarin et un blanc d’œuf. Le Martini Sbagliato, lui, remplace le gin par du prosecco : 3 cl de Martini Rosso, 3 cl de Martini Bitter, 6 cl de prosecco.
Le Spritz et ses cousins
Le Spritz de l’IBA, c’est 9 cl de prosecco, 6 cl d’Aperol et un trait d’eau gazeuse, sur glace. L’IBA précise qu’il existe des versions au Campari, au Cynar ou au Select. Chacune déplace le curseur : plus amer avec le Campari, plus végétal avec le Cynar.
L’été, notre Frozen Aperol Spritz mixe 6 cl d’Aperol et 6 cl de jus d’orange avec de la glace, puis ajoute 6 cl de prosecco. D’autres idées t’attendent dans nos cocktails italiens.
L’amaro en cocktail, au-delà du Campari
Les amari de digestif entrent aussi dans les verres. Le Paper Plane en est le meilleur exemple : quatre ingrédients à parts égales, dont l’Aperol et l’Amaro Nonino, un amaro de style « light ». Le citron équilibre le sucre des deux amers, le bourbon donne le corps.
Même idée de parts égales dans le Naked & Famous : mezcal, Aperol, Chartreuse jaune et citron vert. L’amer y joue le rôle de pont entre la fumée du mezcal et le sucre de la Chartreuse.
Doser l’amertume dans un cocktail
L’amertume a un rôle précis dans un verre : elle tient le sucre. Dans un Negroni, il n’y a pas une goutte d’agrume. C’est le Campari qui empêche le vermouth rouge de rendre le cocktail sirupeux. On détaille ce mécanisme dans notre guide pour équilibrer un cocktail.
Quelques repères pour doser :
- 3 cl, c’est la dose de base d’un bitter comme le Campari dans les cocktails courts (Negroni, Americano, Boulevardier). Dans un long drink, on peut monter : le Garibaldi en met 4,5 cl, parce que 12 cl de jus d’orange diluent l’amertume.
- L’Aperol se dose plus haut. Il est moins amer et plus sucré, donc il en faut davantage pour peser dans le verre. Notre Aperol sour en met 6 cl, pour 3 cl de gin, 3 cl de citron, 3 cl de sirop et 3 cl de blanc d’œuf.
- Quand tu ajoutes de l’acide, baisse le sucré. C’est ce que fait le Negroni Sour : avec le citron, le vermouth passe de 3 cl à 1,5 cl.
- Ajuste par 0,5 cl. Un Negroni trop amer ? Retire 0,5 cl de Campari, ou choisis un vermouth plus rond. Trop sucré ? Fais l’inverse.
Un dernier piège : les amari de digestif ne remplacent pas un bitter d’apéritif à dose égale. Un Averna ou un Montenegro apportent beaucoup plus de sucre que le Campari. Si tu en mets un dans un Negroni, réduis le vermouth.
Pour voir l’effet d’un changement avant de le verser, entre tes doses dans notre outil d’équilibre des saveurs : il calcule un indice d’amertume en tenant compte du Campari, de la gentiane ou des bitters, et te montre si le sucre ou l’amer déborde.
Questions fréquentes
Quelle différence entre un amaro et un amaretto ?
L’amaro est une liqueur amère de plantes, de racines et d’écorces. L’amaretto est une liqueur italienne à l’amande, douce. Les deux noms se ressemblent, mais ils n’ont ni le même goût ni le même usage.
Le Campari est-il un amaro ?
Oui. Il appartient au style « bitter », la branche des amari qu’on boit à l’apéritif. Quand un amer italien se boit avant le repas, on l’appelle plutôt « bitter » que « amaro ».
Quel amaro pour débuter ?
Commence par un style doux. Wikipédia range le Montenegro et le Nonino parmi les « light », plus clairs et plus nuancés. Le Fernet, à l’autre bout, est le plus amer de la famille : garde-le pour plus tard.
Bitter et bitters, c’est la même chose ?
Non. Un bitter (Campari, Aperol) est une liqueur qu’on dose en centilitres. Les bitters (Angostura, bitter à l’orange) sont des concentrés aromatiques qu’on verse en gouttes ou en traits.
Comment boire le Campari ?
Allongé, le plus souvent : avec de l’eau gazeuse, avec un jus d’orange (le Garibaldi de l’IBA : 4,5 cl de Campari pour 12 cl de jus d’orange pressé), ou en cocktail dans le Negroni et l’Americano.
Quel est le degré d’alcool d’un amaro ?
Entre 15 % et 40 % en général. Les bitters d’apéritif sont les plus légers (l’Aperol titre 12,5 % en France), les fernets les plus forts, entre 39 % et 45 %.
Ta prochaine étape : comprendre ce qu’il y a dans la bouteille
Tu sais maintenant reconnaître un bitter d’apéritif et un amaro de digestif, servir l’un comme l’autre et doser leur amertume dans un Negroni ou un Spritz. Les quinquinas et apéritifs français (Lillet, Suze, Byrrh) auront bientôt leur propre page. Et pour connaître les spiritueux qui accompagnent ces amers, du gin au whisky, la partie 2 de notre formation, « La Culture du Spiritueux », t’explique d’où vient chaque bouteille et ce qui fait son identité.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.













