Chartreuse verte ou jaune ? La verte titre 55 %, elle est puissante, herbacée, presque mentholée. La jaune titre 43 %, elle est plus ronde, plus douce, avec des notes d’épices, d’anis et d’agrumes. Les deux sortent de la même maison, celle des moines chartreux, et partent des mêmes 130 plantes.
Dans un cocktail, cette différence change tout. Ici, on compare les deux, on raconte l’histoire en version courte (sans les légendes), on voit comment les boire, puis on passe aux classiques : le Last Word, le Bijou, le Swizzle. La Chartreuse fait partie des liqueurs qu’on croise vite quand on monte les bouteilles d’un bar à cocktail maison. Autant savoir laquelle fait quoi.
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Chartreuse verte ou jaune : les différences en un tableau
Les notes de dégustation ci-dessous sont celles que la maison Chartreuse publie pour chacune de ses deux liqueurs. Les couleurs, elles, sont naturelles : chlorophylle des plantes pour la verte, safran pour la jaune, selon l’article Wikipédia consacré à la Chartreuse.
| Chartreuse verte | Chartreuse jaune | |
|---|---|---|
| Degré | 55 % vol. | 43 % vol. |
| Couleur | vert, due surtout à la chlorophylle | jaune intense, due surtout au safran |
| Nez | puissant, herbacé, poivré | frais et épicé |
| Bouche | fraîche, mentholée, sève de pin, agrumes ; finale sur des amers de thé | moelleuse, curcuma, agrumes, anis, notes florales |
| Ressenti | intense, l’alcool se sent | plus douce, plus facile d’accès |
| En cocktail | Last Word, Bijou, Chartreuse Swizzle | Naked & Famous, Alaska |
Tu liras encore parfois 40 % pour la jaune, sur des pages anciennes ou des annonces de revente. La maison affiche aujourd’hui 43 %. Regarde l’étiquette de ta bouteille, c’est elle qui fait foi.
Laquelle pour quoi faire ? Si tu découvres la Chartreuse en dégustation, la jaune est la porte d’entrée la plus douce. Si tu veux faire les grands classiques du bar, c’est la verte qu’il te faut : le Last Word et le Bijou ont été écrits pour elle. Et si tu as déjà de la jaune, notre cocktail à la Chartreuse jaune, le Naked & Famous, est fait pour toi.
La Chartreuse, c’est quoi ?

C’est une liqueur de plantes. D’après Wikipédia, ses 130 plantes « sont d’abord mises à macérer dans un alcool de raisin puis distillées ». Le reste de la fabrication n’est pas public.
La recette, justement. La maison écrit sur son site que le nombre de plantes est « le seul élément connu » de la formule, et que seules trois personnes la connaissent en entier. Ce sont des moines chartreux, qui vivent au monastère de la Grande Chartreuse, en Isère. Tu trouveras en ligne des listes de plantes « dans la Chartreuse » : elles relèvent de la supposition, pas de la recette.
Ce qui compte pour toi derrière le bar, c’est le résultat. Une liqueur, donc une base sucrée, mais chargée d’arômes de plantes et, pour la verte, d’un degré de spiritueux costaud. Elle n’a pas grand-chose à voir avec une liqueur de fruit qu’on verse sans réfléchir.
Une histoire courte : des moines chartreux à Aiguenoire
L’histoire de la Chartreuse est pleine de légendes. On s’en tient aux dates données à la fois par la maison et par Wikipédia.
- 1605 : François-Annibal d’Estrées remet aux chartreux de Paris un manuscrit dont l’origine reste mystérieuse.
- 1764 : le monastère de la Grande Chartreuse fixe la recette de l’Élixir végétal, l’ancêtre des deux liqueurs.
- 1840 : naissance de la Chartreuse jaune, puis de la verte, la même année.
- 1903 : les moines sont expulsés de France. Ils installent leur distillerie à Tarragone, en Espagne, où elle fonctionnera jusqu’en 1989.
- 2018 : la production s’installe dans la nouvelle distillerie d’Aiguenoire, à Entre-deux-Guiers, toujours en Isère.
Quatre siècles entre le manuscrit et la distillerie actuelle, et une recette qui n’a jamais été publiée. Voilà pour l’histoire.
Comment boire la Chartreuse

Nature, fraîche ou sur glace
La maison recommande de la servir « fraîche entre 12° et 13° ou sur glace », pour la verte comme pour la jaune. Wikipédia ajoute que la verte se boit « en général glacée, en digestif ou en cocktails ».
En pratique, une petite dose dans un verre à dégustation, sortie d’un endroit frais, suffit. Sur un glaçon, la verte s’ouvre un peu : la dilution adoucit les 55 % et laisse passer la menthe et les agrumes. La jaune, plus douce, se tient très bien nature.
En long : le Chartreuse tonic
C’est la proposition la plus simple de la maison, et la meilleure façon de goûter la verte sans prendre ses 55 % de plein fouet. La proportion : une part de Chartreuse verte pour quatre parts de tonic, dans un grand verre (20 cl) rempli de glace.
Concrètement, 3 cl de Chartreuse verte et 12 cl de tonic. Même logique qu’un gin tonic : beaucoup de glace, un tonic bien froid, et tu remues à peine pour garder les bulles.
En chaud : le Green chaud
L’autre recette maison, pour l’hiver : 15 cl de chocolat chaud dans une tasse, 1 cl de Chartreuse verte, tu remues, tu couvres de chantilly et d’un voile de cacao. Le centilitre suffit. La verte parfume le chocolat sans le couvrir.
L’Élixir végétal et la VEP
Deux autres bouteilles de la maison reviennent souvent dans les recherches. L’Élixir végétal titre 69 %, d’après Wikipédia : c’est l’ancêtre des deux liqueurs, et il se compte en gouttes, pas en centilitres. La VEP (pour « vieillissement exceptionnellement prolongé ») existe en verte et en jaune depuis 1963. Ce sont des liqueurs de dégustation. En cocktail, la verte et la jaune classiques suffisent largement.
Les cocktails classiques à la Chartreuse

La Chartreuse a ses propres classiques, et la plupart sont construits autour de la verte. Ils figurent en bonne place parmi les cocktails classiques qu’un barman apprend tôt ou tard. Les doses ci-dessous viennent de l’IBA (International Bartenders Association), qui publie les recettes de référence du métier, converties en cl. Le Bijou fait exception : il n’est pas dans la liste de l’IBA, on part donc de sa recette d’origine.
Le Last Word
Quatre ingrédients, quatre doses identiques. C’est la recette la plus célèbre à la Chartreuse verte.
| Ingrédient | Dose |
|---|---|
| Gin | 2,25 cl |
| Chartreuse verte | 2,25 cl |
| Liqueur de marasquin | 2,25 cl |
| Jus de citron vert frais | 2,25 cl |
- Verse les quatre ingrédients dans un shaker rempli de glace.
- Secoue franchement (si tu débutes, voici comment utiliser un shaker).
- Filtre dans un verre à cocktail refroidi à l’avance. L’IBA ne prévoit aucune décoration.
Pourquoi des parts égales fonctionnent-elles ici, alors qu’elles donnent souvent un cocktail bancal ? Regarde qui fait quoi. Le citron vert apporte toute l’acidité. Le marasquin et la Chartreuse apportent le sucre, mais aussi de l’alcool, et la verte en apporte beaucoup.
Le gin complète la structure. Le sucre des deux liqueurs répond à l’acidité du citron, et le degré élevé de la verte tient le tout.
Ryan Magarian, cofondateur du gin Aviation, résume le résultat dans un entretien au magazine Seattle Met : « a superpleasant balance of sweet, sour, and strength ». Autrement dit, un équilibre très agréable entre le sucre, l’acide et la force. C’est exactement ce qu’on cherche quand on veut équilibrer un cocktail.
Le marasquin, c’est la liqueur de cerise claire qu’on retrouve aussi dans notre Aviation. Si tu en as une bouteille, tu as déjà de quoi faire deux classiques.
Côté histoire, d’après Wikipédia (version anglaise), le Last Word figure à la carte du Detroit Athletic Club dès 1916. La recette survit grâce au livre Bottoms Up! de Ted Saucier, paru en 1951, où Murray Stenson, barman au Zig Zag Café de Seattle, la retrouve en 2003. Il la remet à sa carte, et le cocktail repart de là.
Le Bijou
Le Bijou est plus ancien. Le Difford’s Guide le fait remonter au Bartender’s Manual de Harry Johnson, édition de 1900 : un tiers de Chartreuse verte, un tiers de vermouth italien (rouge), un tiers de gin, un trait de bitter à l’orange. On le mélange à la cuillère, on le filtre dans un verre refroidi, on ajoute une cerise et on exprime un zeste de citron au-dessus.
En centilitres, à parts égales, ça donne par exemple :
- 2,5 cl de gin ;
- 2,5 cl de vermouth rouge ;
- 2,5 cl de Chartreuse verte ;
- 1 trait de bitter à l’orange (si tu ne sais pas comment doser un trait, on t’explique tout sur les bitters).
Ici, pas de citron. Tout l’équilibre repose sur le sucre du vermouth et de la Chartreuse face à l’alcool. C’est un cocktail court, riche, très aromatique. À parts égales, la verte prend beaucoup de place, et des versions modernes la réduisent : le Difford’s Guide, dans sa propre recette, descend la Chartreuse à 1,5 cl. Goûte la version d’origine d’abord, ajuste ensuite. Si tu as besoin d’une base, pioche dans nos cocktails au gin.
Le Chartreuse Swizzle
Le plus récent des trois, classé par l’IBA dans sa catégorie « New Era ». C’est un cocktail long, servi sur glace pilée.
| Ingrédient | Dose |
|---|---|
| Chartreuse verte | 4,5 cl |
| Jus d’ananas frais | 3 cl |
| Jus de citron vert frais | 2,25 cl |
| Falernum | 1,5 cl |
Verse le tout dans un verre haut rempli de glace pilée, fais tourner vivement une cuillère de bar entre tes mains (c’est le « swizzle »), complète de glace, puis décore de feuilles de menthe et d’un peu de noix de muscade râpée. Ici, la Chartreuse n’est plus un accent : elle est la base du cocktail.
Côté jaune : le Naked & Famous et l’Alaska
La jaune a aussi ses recettes. Dans le Naked & Famous, elle rencontre le mezcal et l’Aperol, à parts égales (2 cl chacun sur notre fiche), avec du citron vert. Sa douceur arrondit la fumée du mezcal et l’amertume de l’Aperol. Tu trouves la recette complète sur notre fiche du Naked & Famous. L’Aperol fera d’ailleurs partie de notre guide des amers italiens, qui arrive bientôt.
L’autre classique de la jaune s’appelle l’Alaska : gin et Chartreuse jaune, servi court, dans l’esprit d’un Martini.
Remplacer la verte par la jaune dans un cocktail ?
Tu as une bouteille de jaune et une recette de Last Word. Tentant. Sauf que ce n’est pas le même ingrédient.
La jaune a 12 points d’alcool de moins, et elle paraît nettement plus douce en bouche. Si tu l’échanges dose pour dose, ton Last Word perd de la tenue et penche vers le sucré. Le citron vert, calibré pour la verte, ne suffit plus à tenir face au sucre.
Deux solutions. Soit tu assumes un autre cocktail, plus rond, et tu le goûtes comme tel. Soit tu rééquilibres : un peu plus de citron vert, un peu moins de marasquin, puis tu goûtes. Pour voir l’effet de chaque modification sans gâcher tes bouteilles, entre les doses dans notre outil d’équilibre des saveurs : il te montre d’un coup d’œil si le sucre déborde sur l’acidité.
L’inverse marche encore moins. Mettre de la verte dans une recette écrite pour la jaune, c’est ajouter de la puissance et des arômes de plantes là où la recette attendait de la rondeur.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre la Chartreuse verte et la jaune ?
La verte titre 55 %, elle est puissante, herbacée, mentholée, avec une finale amère. La jaune titre 43 %, elle est plus douce et plus ronde, sur des notes d’épices, d’agrumes et d’anis. Les deux partent des mêmes 130 plantes, mais leur recette et leur couleur diffèrent : chlorophylle pour la verte, safran pour la jaune.
Combien de degrés fait la Chartreuse ?
La Chartreuse verte titre 55 % vol. et la jaune 43 % vol., d’après la maison. Certaines sources indiquent encore 40 % pour la jaune : fie-toi à l’étiquette. L’Élixir végétal, lui, titre 69 %.
Combien de plantes y a-t-il dans la Chartreuse ?
130 plantes, selon la maison. C’est le seul élément public de la recette : la liste des plantes et leurs proportions restent secrètes, connues de trois moines chartreux.
Comment boire la Chartreuse verte ?
Fraîche (12 à 13 °C) ou sur glace, en petite quantité, en fin de repas. En long, la maison propose une part de Chartreuse verte pour quatre parts de tonic, sur beaucoup de glace. Et en cocktail, elle est la base du Last Word, du Bijou et du Chartreuse Swizzle.
Peut-on remplacer la Chartreuse verte par la jaune dans un cocktail ?
Pas dose pour dose. La jaune est moins forte et plus douce : ton cocktail devient plus sucré et perd de la tenue. Augmente un peu l’acidité, baisse les autres sucres et goûte, ou considère que tu prépares un autre cocktail.
Ta prochaine étape : connaître tes liqueurs
Savoir pourquoi la verte tient un Last Word et pourquoi la jaune l’adoucit, c’est la même compétence que pour n’importe quelle bouteille : comprendre ce qu’elle apporte en sucre, en alcool et en arômes avant de la verser. C’est le programme de la partie 2 de notre formation, « La Culture du Spiritueux » : les familles de spiritueux et de liqueurs, leur histoire et leur place dans le verre.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.













